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Monter au mât en sécurité : matériel et technique

Par l'équipe YachtMate · 17 juillet 2026 · 9 min de lecture
Voilier au mouillage, mât et gréement se découpant sur le ciel, illustrant le travail en hauteur

Tôt ou tard, il faut y aller. Une girouette qui ne répond plus, une drisse qui a sauté de son réa, un feu de mât éteint, une poulie à changer : le sommet du mât concentre des équipements essentiels que l'on ne peut ni voir ni atteindre depuis le pont. Monter au mât n'est pas une acrobatie réservée aux professionnels, mais c'est un vrai travail en hauteur, avec des enjeux de sécurité qui ne pardonnent pas l'improvisation. Une chute de dix mètres sur un pont dur, en mer, ne laisse aucune seconde chance. La bonne nouvelle : avec le bon matériel, le principe des deux drisses et une méthode rigoureuse, la manœuvre devient parfaitement maîtrisable. Voici comment procéder.

1. Pourquoi et quand monter

On monte au mât pour inspecter, réparer ou remplacer. L'inspection est la raison la plus fréquente et la plus vertueuse : au moins une fois par saison, on grimpe vérifier l'état de la tête de mât, des poulies, des réas, des goupilles, des cadènes hautes et de l'ensemble du gréement dormant. Repérer une goupille qui commence à sortir ou une drisse qui frotte, c'est éviter une avarie majeure au large.

Viennent ensuite les interventions : remplacer une girouette ou un anémomètre, changer une ampoule de feu de mât, récupérer une drisse partie en tête, installer une nouvelle poulie, réparer un étai. Certaines de ces opérations peuvent attendre le retour au port et l'intervention d'un professionnel ; d'autres, comme une drisse à repasser, se règlent au mouillage en quelques minutes une fois là-haut. Dans tous les cas, la question n'est pas seulement « comment monter », mais « dans quelles conditions ».

💡 Astuce YachtMate

Choisissez votre moment : au mouillage ou à quai, par mer calme et vent faible, jamais dans la houle ni au près. Le mât amplifie le moindre roulis — à dix mètres de haut, un léger balancement du bateau devient un mouvement de fouet violent. Consultez la météo et la fenêtre de calme avant de vous équiper.

2. Le matériel indispensable

Le cœur du dispositif est le siège qui vous porte. La chaise de calfat (ou bosun chair) existe en deux grandes familles. La chaise souple traditionnelle, en toile, est légère et bon marché mais offre peu de maintien. Le harnais-cuissard moderne, dérivé de l'alpinisme et de l'accès sur corde, enveloppe le bassin et les cuisses : bien plus sûr, il empêche de basculer en arrière et répartit l'effort. Pour tout travail sérieux en hauteur, c'est lui qu'il faut privilégier.

Autour de la chaise, quelques équipements sont non négociables :

Schéma du gréage à deux drisses pour monter au mât : drisse de travail, drisse de sécurité, chaise de calfat, bloqueur et équipier au winch
Le gréage à deux drisses indépendantes et les règles d'or à respecter avant de monter.

3. Le principe des deux drisses

C'est la règle fondamentale, celle dont dépend tout le reste : on ne monte jamais sur une seule ligne. Une drisse peut être fatiguée sans que rien ne se voie, une manille peut se dévisser, une poulie de tête peut lâcher, un taquet peut chasser. En reliant la chaise à deux drisses indépendantes, chacune reprise sur son propre winch ou son propre taquet, on s'assure que la défaillance de l'une ne provoque pas la chute.

Concrètement, on distingue la drisse de travail, sur laquelle l'équipier hisse activement, et la drisse de sécurité, tenue en léger mou et reprise au fur et à mesure de la montée. La drisse de sécurité ne doit jamais rester longue et molle : un équipier la ravale en permanence pour qu'en cas de rupture de la première, la chute soit réduite à quelques centimètres. Choisissez de préférence deux drisses passant par des réas différents en tête de mât, afin qu'un même point de défaillance ne compromette pas les deux à la fois.

Deux points d'ancrage indépendants, deux réas différents, deux personnes attentives : la sécurité en hauteur ne repose jamais sur un seul élément.

4. Les vérifications avant de monter

Avant que la personne quitte le pont, un contrôle méthodique s'impose — de préférence à voix haute, à deux. On vérifie d'abord les drisses elles-mêmes : pas de gaine élimée, pas de cœur apparent, pas de zone durcie ou usée à l'endroit du frottement. On inspecte ensuite chaque connexion : manilles serrées à fond, axes bien vissés, mousquetons verrouillés, coutures de la chaise intactes.

On s'assure que le winch de hissage est libre, que le brin travaille correctement dans les mâchoires du taquet coinceur ou sous plusieurs tours de winch, et qu'aucune drisse ne risque de se coincer en cours de montée. Enfin, on définit un langage clair entre celui qui monte et celui qui assure : « monte », « stoppe », « bloque », « descends doucement ». En hauteur, le vent couvre les voix : convenez de gestes de la main en complément.

💡 Astuce YachtMate

Coupez le moteur ou verrouillez le mouillage : personne ne doit manœuvrer le bateau pendant qu'un équipier est en l'air. Et prévenez les bateaux voisins au mouillage — un sillage inattendu qui fait rouler la coque peut transformer une montée tranquille en épreuve dangereuse.

5. La technique de montée

Deux méthodes coexistent. La plus courante en équipage : l'équipier hisse au winch pendant que la personne s'aide des mains et des pieds contre le mât pour soulager l'effort. Le rythme se cale entre les deux — quelques tours de winch, une pause, on ravale la sécurité, on repart. La personne qui monte ne se contente pas de pendre : elle accompagne, guide la chaise le long du mât et signale tout accrochage.

La seconde méthode, en solitaire ou en autonomie, repose sur des bloqueurs auto-assurants montés sur les deux drisses : on progresse soi-même, un bloqueur après l'autre, comme sur une corde d'escalade. Elle demande du matériel spécifique et de l'entraînement, mais permet de monter sans dépendre de la force d'un tiers. Dans les deux cas, le principe reste identique : à chaque instant, deux points vous retiennent.

La montée doit rester régulière et sans à-coups. On évite de se balancer, on garde le corps près du mât, et l'on protège les mains des barres de flèche et des fixations en les franchissant. Arrivé au point de travail, on se stabilise et l'on bloque les deux drisses avant de commencer quoi que ce soit.

6. Travailler une fois en haut

Le plus dur n'est pas de monter, c'est de travailler efficacement une fois là-haut, à un poste inconfortable et exposé. Prenez le temps de vous caler : passez éventuellement une sangle autour du mât pour vous plaquer contre lui et libérer vos deux mains. Sortez les outils un par un du sac, toujours reliés à une longe, et refermez le sac entre chaque usage.

Communiquez régulièrement avec le pont, ne serait-ce que pour signaler que tout va bien. Si vous devez faire descendre ou remonter une pièce, utilisez un petit bout de service plutôt que de la lancer. Et surtout, ne vous précipitez pas : la fatigue et l'inconfort poussent à bâcler, mais c'est justement en hauteur que la moindre erreur coûte cher. Une intervention menée calmement, quitte à redescendre pour chercher un outil oublié, vaut mieux qu'un travail expédié dans la crispation.

Pour la descente, on procède à l'inverse, de façon contrôlée : l'équipier au winch relâche lentement, un tour à la fois, en gardant toujours plusieurs tours sur le winch et en surveillant la drisse de sécurité. Une descente en chute libre, même courte, est une faute grave : elle brûle les mains, cisaille les cordages et peut projeter la personne contre le gréement.

7. Les erreurs à éviter

La plupart des accidents de mât découlent d'un petit nombre de fautes récurrentes, toutes évitables :

Monter au mât fait partie de l'entretien normal d'un voilier. Bien préparée, la manœuvre n'a rien d'effrayant : elle demande simplement de la rigueur, du bon matériel et le respect absolu du principe des deux points indépendants. Notez chaque inspection dans votre carnet de bord — ce qui a été vérifié, ce qui doit être surveillé — et vous transformerez une corvée redoutée en routine de sécurité maîtrisée.

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