La nuit tombe, le brouillard descend ou la visibilité se réduit : c'est précisément dans ces conditions que les feux de navigation deviennent vos meilleurs alliés — et ceux des autres marins qui croisent votre route. Pourtant, beaucoup de plaisanciers méconnaissent les règles exactes : quels feux sont obligatoires, dans quel secteur angulaire, quelle couleur et à quelle portée ? Ce guide complet fait le point sur la réglementation RIPAM et les bonnes pratiques à adopter.
Pourquoi les feux de navigation sont-ils obligatoires ?
Les feux de navigation sont régis par le RIPAM (Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer), également appelé COLREGS en anglais. Ces règles internationales, adoptées par l'Organisation Maritime Internationale (OMI), s'appliquent à tous les navires circulant en mer, y compris les voiliers et les petites embarcations de plaisance. En France, elles sont intégrées dans le droit maritime national.
L'objectif est simple : permettre à chaque marin d'identifier la nature, la taille, la direction et le comportement d'un navire à distance, de nuit comme par mauvaise visibilité. Un abordage peut être fatal ; les feux réglementaires sont la première ligne de défense contre cette catastrophe.
Les feux de navigation doivent être allumés du coucher au lever du soleil, et par mauvaise visibilité (brouillard, pluie, brume) quel que soit le moment de la journée.
Les trois feux fondamentaux : tribord, babord et poupe
Le feu vert de tribord
Situé sur le côté droit du navire (tribord), le feu vert couvre un secteur de 112,5° : de l'avant jusqu'à l'arrière-droit. Sa portée minimale est de 1 mille nautique pour les navires de moins de 12 m, et de 2 milles pour les navires de 12 à 50 m. Ce feu indique aux autres navires qu'ils se trouvent sur votre côté tribord.
Le feu rouge de babord
Symétrique du précédent, le feu rouge couvre le côté gauche (babord) sur un secteur identique de 112,5°. Mêmes règles de portée. Lorsqu'un navire voit devant lui un feu rouge à gauche et un feu vert à droite, il sait qu'un autre bateau vient vers lui.
Le feu blanc de poupe
Visible depuis l'arrière, ce feu blanc couvre un secteur de 135° centré sur la direction opposée à la marche. Il complète les deux feux latéraux pour couvrir la totalité des 360°. Sa portée est de 2 milles pour les petits navires, 3 milles au-delà de 50 m.
Mémorisez facilement : rouge = babord = gauche = danger (vous avez la priorité si vous voyez le rouge d'un autre), vert = tribord = droite = libre. En navigation maritime, le navire qui voit le côté rouge d'un autre doit manœuvrer.
Le feu de tête de mât (feu blanc de 225°)
Les bateaux à moteur (et voiliers naviguant au moteur) doivent afficher un feu blanc à la tête de mât visible sur un secteur de 225°, couvrant tout le secteur avant du navire (de l'arrière tribord à l'arrière babord, en passant par l'avant). Sa portée minimale est de 2 milles pour les navires de moins de 20 m, et de 3 milles au-delà.
Ce feu permet d'identifier immédiatement un navire à propulsion mécanique. Un voilier naviguant à la voile seule n'a pas de feu de tête de mât — c'est précisément ce qui le distingue d'un bateau moteur.
Feux selon le type de navire
Voilier naviguant à la voile
Le voilier à la voile peut utiliser deux configurations :
- Feux latéraux séparés (rouge babord + vert tribord) + feu blanc de poupe : c'est la configuration standard.
- Feu tricolore en tête de mât : un seul feu combinant les trois couleurs, autorisé pour les voiliers de moins de 20 m. Très économe en énergie.
- Feux combinés à l'avant : bi-couleur (rouge-vert) combiné dans un seul feu, pour les voiliers de moins de 20 m.
Le feu tricolore en tête de mât et les feux normaux ne doivent jamais être allumés simultanément. Choisissez l'une ou l'autre configuration avant de partir. YachtMate peut vous aider à créer des check-lists de départ personnalisées pour ne jamais oublier vos éclairages.
Navire à moteur de moins de 7 mètres
Les embarcations de moins de 7 m avec une vitesse maximale de 7 nœuds peuvent afficher un feu blanc visible tout autour (360°) en lieu et place des feux séparés — mais uniquement si l'installation de feux réglementaires est impraticable. Cette dérogation est à utiliser avec parcimonie.
Navire au mouillage
Un navire ancré doit afficher un feu blanc visible tout autour (360°), porté aussi haut que possible : à la proue pour les navires de moins de 50 m, à la proue et à la poupe pour les grands navires. Ce feu est obligatoire dès la tombée de la nuit et ne doit jamais être confondu avec un feu de navigation.
Navires de pêche professionnelle
Les bateaux de pêche affichent des feux spécifiques selon leur activité : feu vert au-dessus d'un feu blanc pour la pêche au chalut, feux rouges et blancs pour d'autres types d'engins. La compréhension de ces signaux est essentielle lorsqu'on croise des zones de pêche, notamment en Méditerranée ou dans le Golfe de Gascogne.
Portées minimales réglementaires
La portée minimale des feux varie selon la taille du navire. Pour un voilier ou un moteur de plaisance standard (12 à 50 m), voici les exigences RIPAM :
- Feux de côté (rouge/vert) : 2 milles nautiques
- Feu de tête de mât : 3 milles nautiques
- Feu de poupe et feu tout horizon : 2 milles nautiques
Pour les petits bateaux de moins de 12 m, la portée minimale des feux de côté est réduite à 1 mille nautique. N'achetez donc pas des feux trop peu puissants sous prétexte d'économie : votre sécurité en dépend.
LED ou ampoule halogène : que choisir ?
La technologie LED a révolutionné l'éclairage marin. Les feux LED consomment 5 à 10 fois moins d'énergie qu'un halogène équivalent, ont une durée de vie bien supérieure (20 000 à 50 000 heures) et résistent mieux aux vibrations et à l'humidité. Leur adoption est donc fortement recommandée pour les nouvelles installations ou la rénovation d'un équipement existant.
Attention cependant : assurez-vous que les feux LED que vous choisissez sont homologués RIPAM et disposent d'un angle de diffusion conforme aux exigences réglementaires. Un feu LED trop directionnel peut ne pas couvrir correctement son secteur angulaire.
Effectuez une vérification complète de vos feux de navigation avant chaque sortie nocturne : allumez chaque feu et faites le tour du pont pour vérifier l'absence d'occultation (voile, tangon, câble). Un feu partiellement masqué peut créer une confusion fatale. Intégrez ce point dans votre check-list de départ dans YachtMate.
Les erreurs les plus fréquentes
Sur les pontons et lors des sorties de nuit, certaines erreurs reviennent régulièrement. La première : oublier d'allumer les feux ou les éteindre prématurément. La seconde : naviguer au moteur sans allumer le feu de tête de mât — erreur fréquente chez les voiliers. La troisième : confondre le feu tricolore de tête de mât avec le feu blanc de mouillage.
Un autre piège classique : les feux mal orientés après une réparation ou un remplacement. Toujours vérifier l'axe du faisceau lumineux après tout travail sur les feux. Enfin, certains plaisanciers utilisent des lampes de poche ou des éclairages non conformes pour «dépanner» — une pratique dangereuse et illégale.
Sanctions et contrôles
En France, les Affaires Maritimes et les Douanes peuvent contrôler les navires de plaisance. L'absence de feux réglementaires constitue une infraction passible d'une amende et peut entraîner l'immobilisation du navire. Plus grave : en cas d'abordage, l'absence de feux conformes peut engager votre responsabilité civile et pénale, même si vous n'êtes pas en tort sur le fond.
Les assureurs peuvent également refuser d'indemniser un sinistre survenu de nuit si le navire ne disposait pas des feux réglementaires en état de fonctionnement. La conformité n'est donc pas seulement une obligation légale, c'est une protection essentielle.
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